Le tigre blanc [Aravind Adiga]

Publié le par Shanaa

 

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Quatrième de couverture :

 

Le tigre blanc, c'est Balram Halwai, ainsi remarqué par l'un de ses professeurs impressionné par son intelligence aussi rare que ce félin exceptionnel. Dans son Bihar natal miséreux, corrompu et violent, Balram est pourtant obligé d'interrompre ses études afin de travailler, comme son frère, dans le tea-shop du village. Mais il rêve surtout de quitter à jamais les rives noirâtres d'un Gange qui charrie les désespoirs de centaines de générations. La chance lui sourit enfin à Delhi où il est embauché comme chauffeur. Et tout en conduisant en driver zélé, au volant de sa Honda City, M. Ashok et Pinky Madam, Balram Halwai est ébloui par les feux brillants de l'Inde récente des nouveaux entrepreneurs. L'autre Inde, celle des trente-six millions et quatre dieux, celle des castes, des cafards, des taudis, des embouteillages monstres, des affamés, des éclopés et des laissés-pour-compte de la Shining India du XXIe siècle, finit par avoir raison de son honnêteté. Car, de serviteur fidèle, Balram bascule dans le vol, le meurtre et pour finir... dans l'Entreprise... Roman obsédant écrit au scalpel et à même la chair du sous-continent, Le Tigre blanc, conte moderne, irrévérencieux, amoral mais profondément attachant de deux Indes, est l'œuvre du plus doué des jeunes auteurs indiens

 

 

Mon avis :

 

Mon dieu, que soit louée mon intention de prendre négligemment ce petit livre de littératture indienne au titre intriguant il y a de cela plus de 6 mois. Un petit chef d'oeuvre. L'auteur a d'ailleurs recu le Booker Prize en 2008.

 

La narration apparait directement assez originale. On suit la trajectoire de Balram, jeune indien qui passe  d'enfant des bidonvilles à celui d'entrepreneur aux dents rayant le parquet, à travers des lettres que celui çi écrit au Premier Ministre Chinois. Success story/Happy ending/Vu et revu vous allez me dire. Et ben, pas du tout, vous répondrais-je. Ce livre est une pépite, une véritable pépite. Ou un diamant, je ne sais pas encore.

 

Balram va d'abord passer du statut d'enfant pauvre à celui de jeune chauffeur (domestique/esclave) loyal (servile) à la charge d'une famille très aisée d'Inde, et spécifiquement d'Ashok, jeune indien revenu d'Amérique dans laquelle il a ramené quelques convictions humanistes pas forcément adaptées à sa vie de grand propriétaire indien. Rassurez vous, il ne les gardera que très superficiellement. L'ascension de Balram, plutôt professionnelle que humaine d'ailleurs, le portera plus haut que son statut de domestique. Mais à travers la trajectoire du jeune et attachant Balram, c'est l'Inde et sa face cachée que nous dépeint très bien Adiga.

 

Déjà, le style est vraiment très bon. L'auteur le qualifie lui même de 'simple'. Simple, peut être. Génial, assurément. Cynique, désenchant et presque distant par moment, ce qui accrut la force de certains passages, Adiga raconte à travers le personne de Balram les tréfonds de l'Inde avec une justesse parfaite. Pas d'outrancier ou de démesure, la narration est juste et sobre, ce qui rend la lecture encore plus percutante.

 

La trajectoire insolite de Balram permet de mettre en exergue les inégalités sociales presque immuables qui existent dans une société marquée par les traditions et notamment l'appartenance à différentes castes. Les profondes mutations affectant l'Inde, notamment depuis l'indépendance de 1947 (dont Balram moque parfois le côté salvateur), sont excellement bien retranscrites ici. Entre traditions ancestrales et modernisation presque trop rapide, les contradictions sont multiples et révélent les maux atteignant la société indienne. Une Inde divisée en deux : L'Inde des Lumières et l'Inde des ténèbres. Cette division va former un carcan dont il est très difficile de s'extraire. Balram y arrivera lui. Mais à quel prix? La fin est brute et amorale. Excellente. Mais elle marque le profond attachement de Balram à la valeur qui va lui apparaître comme étant la plus chère : la liberté. Mais au détriment d'autres.

 

Mais ce livre n'est pas politique ou historique, l'auteur n'a pas la volonté de le traiter de la sorte et il ne s'interpréte pas comme une dénonciation sans vergogne d''un système véreux. Ce livre n'est pas un ouvrage de résistance politique mais fait état de la  la retranscription exacte et sans concession d'une société sclérosée, aux travers mais aussi aux qualités, à travers la vision de l'étonnant Balram.

 

Marquant, juste et brillant. Un livre dont je me souviendrais avec émoi toute ma vie.

Publié dans Contemporain

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Commenter cet article

Jostein 06/10/2011 08:53


Une pépite, cela se note dans ma PAL. Merci


Emily 07/07/2011 22:41


Je viens de le terminer : j'ai beaucoup aimé. L'auteur innove en mettant en scène la success story d'un héros amoral, sans scrupule. Je lirais sans doute son prochain roman !


Shanaa 10/07/2011 18:52



Je l'attends aussi avec impatience :)



Lex' 14/06/2011 14:55


J'étais déjà quasi convaincu par ce livre au sujet attrayant mais ton billet en a rajouté une couche. Ce pays m'attire fortement par la singularité de sa société. J'ai un autre livre à lire sur ce
pays et je prendrai celui-ci!


Shanaa 14/06/2011 21:24



Ca me fait bien plaisir ! Tu l'as déjà??



Mina 10/06/2011 18:29


Ton avis donne envie de découvrir ce roman resté discret (^-^)


Anne Sophie 10/06/2011 11:44


rho non je n'irai pas jusque là ! mais c'est gentil de proposer ;) (au fait, jte vois jms sur msn...)


Shanaa 10/06/2011 11:51



Je ne me co que très rarement :(