Le maître des illusions [Donna Tartt]

Publié le par Shanaa

 

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Quatrième de couverture :

 

Introduit dans le cercle privilégié d'une université du Vermont, un jeune boursier californien s'intègre peu à peu dans un petit groupe d'étudiants de la grande bourgeoisie. Il découvre un monde insoupçonné de luxe, d'arrogance intellectuelle et de sophistication, en même temps que l'alcool, la drogue et d'étranges pratiques sataniques. Très vite, il pressent qu'on lui cache quelque chose de terrible et d'inavouable, un meurtre sauvage et gratuit qui l'entraîne, lui et ses camarades, dans un abîme de chantage, de trahison et de cruauté.
 
Mon avis :
 
Notons au préalable que Donna Tartt s'est liée d'amitié avec Bret Easton Ellis au Bennington College dans le Vermont, ce dernier devenant son codisciple. Donna Tartt lui a d'ailleurs dédicacé Le maître des illusions, qu'elle a commencé à 18 ans. Pour le finir à 28.
 
 
Richard, jeune et pauvre Californien délaissé par ses parents, atterrit dans une prestigieuse université du Vermont, dans laquelle il décide de suivre un cursus de langues et plus particulièrement de grec ancien. Cette formation va s'avérer très particulière car ces cours de langues antiques vont être dispensés par Julian Morrow, érudit de son état et unique professeur de cette formation. Qui s'est d'ailleurs lié d'amitié avec Georges Orwell, comme le glisse subtilement Donna Tartt en hommage au père de 1984.
 
L'étrangeté s'accroit lorsque Richard découvre que les cours en question sont dispensés à un petit comité de cinq étudiants, aussi élitistes que marginaux. Cinq étudiants que Richard apprendra à connaître au fur et à mesure de l'histoire. Ce qui lui fera découvrir le lourd secret qu'ils portent. Secret qui provoquera des conséquences tragiques.
Voilà un bref résumé de l'histoire. Mais ce n'est pas le point important du livre, loin de là. L'intrigue n'est en effet pas le point phare ici, mais elle est rendue magnifique par tout ce qui va l'entourer.
 
L'ouvrage de Donna Tartt rentre au Panthéon des meilleurs livres que j'ai jamais lu. Sans une once d'hésitation. Je le classe même devant tout les Stephen King, pour vous montrer à quel point ce livre m'a touché.
 
La trajectoire de Richard, sous fond d'alcool, de drogues, de paysages dantesques, de grec ancien et de manipulations, est juste captivante. Fascinante même. C'est probablement le terme correspondant le plus à ce que j'ai ressenti en tournant les quelques 700 pages de ce chef d'oeuvre.
 
L'univers de ce roman est délicieusement parfait et envoûtant. On flotte dans une ambiance si particulière que l'on ressent chaque élément livré par Donna Tartt à son paroxysme. Les sensations sont décuplées. Quelle atmosphère. Perverse et innocente à la fois, mais si artistique.
 
Les relations entre les personnages, aussi complexes qu'ambigües, sont un des points essentiels de l'écriture. La psychologie complexe de chaque personnage rend leurs relations extraordinairement intriguantes. C'est probablement l'un des romans les plus aboutis sur ce point que j'ai lu, et la parenté avec Bret Easton Ellis n'est pas fortuite car ce dernier a également un soucis du détail psychologique important.
 
Mais tout ceci ne pourrait être rendu si magnifique sans la plume exquise de Donna Tartt. Quelle qualité d'écriture. On est littérallement bercé par les mots. Dans un soucis de non vulgarisation de son talent, je préfère exposer ci-dessous un extrait.
 
"Les choses terribles et sanglantes sont parfois les plus belles. C'est une idée très grecque et très profonde. La beauté c'est la terreur. Ce que nous appelons beau nous fait frémir. Et que pouvait-il y avoir de plus terrifiant et de plus beau, pour des âmes comme celles des Grecs ou les nôtres, que de perdre tout contrôle? Rejeter un instant les chaînes de l'existence, briser l'accident de notre être mortel? [...] Si nos âmes sont assez fortes, nous pouvons déchirer le voile et regarder en face cette beauté nue et terrible, que Dieu nous consume, nous dévore, nous détache les os de notre corps. Et nous recrache, nés à nouveau"
 
Et maintenant je suis heureux et nostalgique à la fois. Heureux d'avoir ressenti de telles sensations et de pouvoir les ressentir à nouveaux si je le désire. Mais triste de me dire que ma prochaine lecture sera probablement sans saveur à côté de ce monument. La lecture de ce livre met en évidence le fait que la littérature est avant tout un art. Un art si noble.

Publié dans Contemporain

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Anne Charlotte 30/07/2012 11:44

Un des rares livres que j'ai lu deux fois.
Ma première lecture j'avais 15ans (en seconde), ce livre me plaisait, je le trouvais long mais il me plaisait. Je l'ai relu il y a 2ans (23ans), mais quelle claque. Lecture encore plus intense que
la 1ère. J'avais du prendre en maturité pour tout comprendre, toutes les nuances des personnages. Des passages entiers dont je ne me souvenais pas. La complexité et la perversité du personnage
d'Henry. Comment Richard était à la fois dans et en dehors du groupe.
Je pense le relire dans quelques années encore, car je pense être passée encore à côté de certains trucs.

Merci pour ton avis :)

Luna 04/06/2011 10:38


Je dois dire que je ressors de ma lecture du Maître des illusions un peu déçue : l'histoire m'a bien plu, le monde un peu noir et cynique aussi, les personnages étranges également (sauf Richard
mais bon)... mais j'ai détesté l'écriture de Donna Tartt : pour être virtuose de l'écriture, elle l'est, mais la simplicité ne fait pas de mal ! 700 pages de détours et de chichis sans fin m'ont un
peu laissée sur le côté de la route...
Dommage l'histoire était sympa' !


Shanaa 04/06/2011 15:17



Ah! Je l'ai trouvé géniale moi, pas compliquée du tout, fluide et élaborée ! Dommage que tu n'aies pas aimé :(



Nelfe 24/01/2011 14:57


Ce roman fut une belle claque quand je l'ai lu il y a plusieurs années.
Je ne sais pas si tu l'as déjà fait, mais je te conseille la lecture d'un autre roman de Donna Tartt: "Le petit copain". Je l'ai encore plus aimé que celui ci.
Mon avis là si ça t'intéresse: http://cafardsathome.canalblog.com/archives/2010/01/25/16660143.html


Shanaa 24/01/2011 20:34



Je t'ai laissé un comm Nelfe !



Violette 11/01/2011 19:03


c'est le but ;-)


Violette 10/01/2011 20:50


le "meilleur des livres", c'est vrai? Je me souviens avoir été un peu déçue par rapport au tapage qui avait été fait autour du bouquin. Mais j'avais aimé sa longueur et les atmosphères qu'il nous
faisait connaître...


Shanaa 10/01/2011 22:39



Un des meilleurs livres que j'ai lu, c'est donc purement subjectif.



Personellement je l'ai lu bien après sa sortie et je n'en avais jamais entendu parler avant qu'on me le prête, donc je ne peux pas parler du tapage. Il est vrai que j'ai lu beaucoup de critiques
mitigées mais c'est le seul livre qui m'a procuré de telles sensations magiques :)