Mercredi 9 mars 3 09 /03 /Mars 20:11

 

 

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Quatrième de couverture :

 

Le Dôme : personne n’y entre, personne n’en sort.
A la fin de l’automne, la petite ville de Chester Mill, dans le Maine, est inexplicablement et brutalement isolée du reste du monde par un champ de force invisible. Personne ne comprend ce qu’est ce dôme transparent, d’où il vient et quand – ou si – il partira. L’armée semble impuissante à ouvrir un passage tandis que les ressources à l’intérieur de Chester Mill se raréfient.
Big Jim Rennie, un politicien pourri jusqu’à l’os, voit tout de suite le bénéfice qu’il peut tirer de la situation, lui qui a toujours rêvé de mettre la ville sous sa coupe. Un nouvel ordre social régi par la terreur s’installe et la résistance s’organise autour de Dale Barbara, vétéran de l’Irak et chef cuistot fraîchement débarqué en ville…

 

Mon avis :

 

Dernier King en date, Dôme reprend des ficelles kingiennes déjà utilisées mais jamais périmées, tout en se démarquant nettement des classiques de SK à certains niveaux, pour notre plus grand bonheur.

 

Déjà, il faut avouer que le pitch est vraiment très tentant. King avait commencé à écrire Under the Dome en 1976 mais avait abandonné le projet et l'avait enfoui dans un tiroir (il avait à peine écrit 100 pages). Il l'a repris en 2007 et l'a publié en 2009 aux Etats-Unis, où il a été très bien accueilli par la critique. Il est sorti le 2 mars 2011 dans nos contrées.

 

Certains estimaient que King était sur le déclin. Je ne suis pas forcément d'accord même s'il est vrai que les King des années 2000 ont connu des accueils plus mitigés que les oeuvres de ces débuts. Même si les années 90 ont vu naître des bijoux comme Sac d'Os. Bref le débat n'est pas là, revenons au Dôme. Alors, renouveau ou pas renouveau?

 

1) King ne se perd pas en fioritures. Le livre commence directement avec l'arrivée brutale du Dôme sur la douce et tendre (ou pas) communauté de 2 000 âmes de Chester's Miill. Dôme d'origine inconnue qui va couper cette petite ville de l'extérieur. Cet événement va propulser Chester's Mill dans un climat de terreur et de paranoïa, avec toutes les conséquences afférentes à une telle atmosphère. En somme, la création d'un mini Etat policier reprenant les ficelles des régimes dictatoriaux (culte de la personnalité, asservissement des masses, manipulations politiques, corruption,.. Bref, vous avez compris.

 

C'est probablement le King qui possède le rythme le plus rapide. Et sur 1100 pages s'il vous plait.  On a souvent accusé King de longueurs dans ses ouvrages. Cela sera difficile de lui porter une telle accusation ici. En effet, on est directement plongé dans le coeur de l'action avec l'arrivée du Dôme. Et ensuite, tout s'enchaine à une vitesse folle. On ne s'ennuie jamais et c'est véritablement l'un des King les plus prenant. Jouer la carte 'action et divertissement' est une belle option de la part de King. Les chapitres s'enchainent très vite et l'on passe d'un personnage à un autre sur un rythme endiablé. Jouissif.

 

 Ici, pas d'intimisme. Le patchwork de personnages présentés est impressionnant. On en suit une bonne trentaine dont une dizaine de 'principaux'. A noter qu'une liste en début de livre fait état de 64 personnages abordés.  Cette liste peut s'avérer fort utile si vous avez quelques soucis de mémoire, notamment des noms et prénoms. Bref, cette multitude de protagonistes aboutit à fluidifier et à accélérer encore plus le rythme. On croirait faire du bobsleigh. Tout en lisant, bien sûr.

 

L'atmosphère est stressante et immersive. On est véritablement emprisonné dans ce huis clos dantesque. Mais l'action n'est pas le seul pan important de cette oeuvre.

 

Le côté fantastique n'est pas laissé de côté. D'ou vient le Dôme? Qui est derrière lui? Devant l'incompréhension de la population et une prétendue ignorance du monde extérieur quant à son origine, c'est une des questions principales que l'on se pose. En ce sens, la fin donne une réponse satisfaisante, même si peu originale. Par ailleurs, j'ai beaucoup apprécié le fait que, même si le Dôme coupe les habitants de Chester's Mill du monde extérieur, on suit dans une certaine mesure les réactions de ce monde extérieur, et notamment de l'armée américaine. King semble d'ailleurs s'être quelque peu radoucit vis à vis de l'armée.

 

2) King nous livre ici une véritable fronde politique. Fervent démocrate, il n'a jamais affiché autant ses convictions que dans Dôme.

 

Il s'adonne à une critique grincante et cynique sur l'Amérique profonde de Bush, paranoïaque et ultra-conservatrice. Une Amérique raciste qui déplore la victoire du Président Obama. Plusieurs références à Bush, Cheney et même Palin sont distillées savamment tout le long. Outre les références directes, citons par exemple des allusions au waterboarding, moyen de torture par l'eau utilisé dans Guantanamo sur des 'présumés terroristes' par l'administration Bush. Prend ça dans ta gueule, Georges.

 

Dans ce microcosme d'injustice et de laideur, King nous montre bien comment la terreur peut être instrumentalisée par le pouvoir politique et ensuite servir à légitimer la suppression des libertés et l'instauration d'un Etat policier. A ce titre, le livre peut s'analyser comme une d'allégorie de l'ascension d'Hitler, symbolisé ici par Jim Rennie qui s'évertue à contrôler la ville d'une main de fer, sans gant de velours.

 

Ce livre revêt également une dimension écologique avoué nettement par King lors de ses interviews, le Dôme symbolisant l'effet de serre. Le Dôme ne laisse en effet rien passer. Même pas l'air, sauf dans une très faible mesure. Les réticences des républicains à s'intéresser au réchauffement climatique sont évidemment visées ici.

 

Mais cette oeuvre est avant tout un pur divertissement, la fronde politique servant de fond et non pas de fin. Un moyen pour King d'exprimer ses convictions tout en donnant un aspect plus abouti à son livre.

 

On peut lui reprocher un certain manichéisme et un manque de nuances concernant les personnages. Ce n'est pas faux. Ceci dit, cela n'est pas un problème car cela sert la perspective et le but du livre : être un divertissement où s'entremêlent action et fantastique, sous fond de dénonciation politique. King a choisi la carte de l'action intégrant un certain nombre de personnages ce qui donne presque à l'oeuvre une allure de série télé. . Pour les demandeurs de psychologie et de profondeur des caractères, lisez les romans intimistes que sont Sac d'Os, Simetierre ou bien encore Misery.

 

Pour finir, j'ai trouvé la plume de King très efficace. Directe et très sarcastique. Amusante même. Ce qui est pertinent pour alterner avec certains passages très tendus. Fidèle à son habitude, les références à ses auteurs préférés fourmillent. d'Orwell à Bradbury en passant par Tolkien. Et également une légère pique adressée à Stephenie Meyer. J'adhère. Les connexions avec ces autres oeuvres sont toujours présentes, notamment Brume qui est mentionnée ou bien encore Salem, dont l'action se passe juste à côté. Ce livre enrichit donc l'univers déjà géant de SK.

 

Je suis vraiment très heureux que SK puisse encore sortir une livre de cette qualité, après tant d'années passés à écrire. Chapeau.

 

'Il resta assis, les bras passés autour des filles qu'il avait assassinées, et finit par sombrer dans le sommeil'

 

'Quand ils atteignirent le Dôme, les animaux s'écrasèrent dessus. Les plus chanceux meurent sur le coup. Les malchanceux se retrouvent gisant sur une pelote à épingles d'os brisés, aboyant, miaulant et criant à qui mieux mieux'.

 

'Pourtant, la chienne n'était plus en vie. Elle avait arrêté de vivre pendant la nuit, sans bruit et sans faire d'histoires, pendant que les deux J dormaient contre elles'

 

 

 

 

 

Par Shanaa - Publié dans : Stephen King - Communauté : L'Univers de Stephen King
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