Au-delà du mal [Shane Stevens]

Publié le par Shanaa

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Quatrième de couverture :

 

Après plus de vingt-cinq ans de malédiction éditoriale, nous avons le plaisir de vous présenter pour la première fois en langue française Au-delà du mal, de Shane Stevens, l'un des livres fondateurs du roman de serial killer, avec Le Dahlia noir, de James Ellroy, et Le Silence des agneaux, de Thomas Harris. À 10 ans, Thomas Bishop est placé en institut psychiatrique après avoir assassiné sa mère. Il s'en échappe quinze ans plus tard et entame un périple meurtrier à travers les États-Unis. Très vite, une chasse à l'homme s'organise : la police, la presse et la mafia sont aux trousses de cet assassin hors norme, remarquablement intelligent, méticuleux et amoral. Les destins croisés des protagonistes, en particulier celui d'Adam Kenton, journaliste dangereusement proche du tueur, dévoilent un inquiétant jeu de miroir, jusqu'à un dénouement captivant. A l'instar d'un Hannibal Lecter, Thomas Bishop est l'une des plus grandes figures du mal enfantées par la littérature contemporaine, un héros " terrifiant pour lequel on ne peut s'empêcher d'éprouver, malgré tout, une vive empathie. Au-delà du mal, épopée brutale et dantesque, romantique et violente, à l'intrigue fascinante, constitue un récit sans égal sur la façon dont on fabrique un monstre et sur les noirceurs de l'âme humaine. D'un réalisme cru, presque documentaire, cet ouvrage, hanté par la figure de Caryl Chessman, n'est pas sans évoquer Le Chant du bourreau de Norman Mailer et De sang-froid de Truman Capote. Un roman dérangeant, raffiné et intense.

 

 

Mon avis :

 
Cela faisait longtemps que j'attendais ça. Le renouveau du thriller est bel et bien arrivé, avec ce superbe ouvrage de 900 pages, recommandé par Stephen King himself.

 

Il est rare de voir des thrillers qui sortent des sentiers battus. Même si certains tentent de se démarquer, en instillant par exemple une dose de fantastique, le schéma reste indéniablement le même, avec toujours ce but de faire vibrer le lecteur par une action rapide et des émotions fortes à chaque fin de chapitre. Chattam si tu m'entends..

 

Ici, on s'en éloigne diamétralement. Déjà, par la longueur. Je ne connais guère de polars qui font autant de pages. Cela rejaillit sur le rythme, qui est plutôt lent, ce qui laisse une plus grande profondeur à l'histoire. Cette profondeur s'illustre notamment par le personnage principal que l'on va majoritairement suivre ici, ce cher Thomas Bishop, serial killer de son état. Eh oui, on est plongé dans les pensées et les tourments d'un tueur en série, ce qui est assez dérangeant. Enfin, ce roman est bien plus qu'un thriller, mais en profite pour dépeindre les travers d'une Amérique des années 70, à travers l'exploration de nombreuses pistes de réflexions vraiment intéressantes.

 

Premier point intéressant : l'histoire commence par l'enfance de Thomas Bishop. Elevé par une mère folle et traumatisé par les hommes, dire que l'enfant a manqué de repères serait un euphémisme. Entre lobotomisation, coups et solitude, l'enfance de Thomas Bishop a été considérablement perturbée ce qui va, vous l'avez compris, quelque peu influencer sa destinée.

 

Thomas Bishop va tuer sa mère, à l'âge de 10 ans. L'âge où l'on rentre normalement en 6e. Interné successivement dans plusieurs hôpitaux psychiatriques, il devint un jeune homme totalement dérangé, égocentrique, fragile et sociopathe.

Pendant ses années d'enfermement, il médita le plan d'évasion parfait, qu'il réussira à mettre en pratique avec un certain brio. Le mal est désormais lâché dans l'anonymat des grandes villes américaines.

 

Et là, tout se déchaîne. Bishop lui même, en devenant un tueur en série insaisissable. Les politiques ensuite, en profitant de cette série de massacre pour relancer le débat sur la peine de mort, et enfin les médias. Eux, c'est juste pour faire de l'argent.

 

Ah oui, Bishop a l'intime conviction - à tort ou à raison - d'être le fils de Caryl Chessman, ancien violeur en série, condamné à mort après des années de lutte acharnée pour éviter la peine capitale. Cet élément renforce la richesse de l'intrigue, et permet de mettre en place une gigantesque toile d'araignée où les pistes se croisent et se décroisent dans une sorte de danse macabre. Grandiose.

 

Car oui, ce livre est juste formidable. L'appelation de thriller est presque galvaudée. Je n'ai jamais vu un thriller d'une telle richesse.

 

Rien que le personnage de Thomas Bishop et la place qui lui est octroyée ici vaut le détour. On est plongé dans ses pensées les plus noires, dans ses massacres les plus sanglants, dans son absence totale d'empathie, et dans ses cauchemars peuplés d'images de sa mère défunte. L'approche choisie par Shane Stevens est excellente et dénuée de manichéisme. On ne peut s'empêcher de s'attacher pour Thomas Bishop, qui a tellement souffert. Mais on ne peut non plus excuser ses tueries. A ce titre, une des dernières scènes entre lui et Adam Kenton, journaliste enquêtant sur l'affaire, est particulièrement bluffante. J'en ai pleuré.

 

Les personnages secondaires sont légion, et sont tous bien exploités. Entre le républicain véreux surfant sur la vague meurtrière pour se faire défenseur de la peine de mort, le journaliste - Adam Kenton - individualiste et égocentrique, ou les psychiatres affirmant leurs certitudes incertaines (oui oui), on ne s'ennuie guère.

 

Outre cette chasse à l'homme, Shane Stevens s'interroge ici sur la légitimité de la peine de mort. Il le fait en restant neutre, sans s'enfermer dans une tendance trop conservatrice ou trop progressiste. Doit-on condamner à mort un homme fou et traumatisé commettant d'horribles massacres? Si, évidemment, je pense que non, le débat est vif dans l'Amérique des années 70, et toujours un peu de nos jours. D'ailleurs, le titre original By reason of insanity fait référence à l'éventuelle irresponsabilité pénale de la personne commettant des crimes sous l'emprise de la folie.

 

Dans la lignée du débat sur la peine de mort, ce livre permet de s'interroger sur la psychiatrie, science aussi obscure que versatile, et qui pourtant est parfois érigée en vérité absolue.

 

Comment ne pas citer la place importante des médias dans le livre, reflétant la place légitime qu'ils occupent dans la société américaine? Des médias animés par un but unique de vente, recourant pour cela à des pratiques un tantinet illégales.

 

Ce livre est un petit bijou, à recommander à tous. Un second livre de l'auteur est paru récemment et mélange cette fois ci thriller et roman d'espionnage..

 

Publié dans Thriller

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Cinq Jours de Douglas Kennedy Belfond 31/10/2013 11:16

J'aime beaucoup l'idée de ce récit. Il est désormais dans ma liste.

La Nostalgie heureuse de Amélie Nothomb 29/10/2013 07:06

Malgré le nombre de pages, il me tente bien quand même.

Cinq Jours de Douglas Kennedy Belfond 21/10/2013 10:16

Je ne l'ai pas encore lu mais je noterai bien le titre!

Nico 01/02/2012 21:02

Je ne suis pas aussi enthousiaste. J'ai trouvé qu'il y avait trop d'intrigues dans ce roman, j'ai préféré la traque proprement dite. C'est un peu long et répétitif à mon goût. Même si cela reste un
bon roman, je ne le considère pas comme un incontournable.

Jostein 12/01/2012 13:29

Je le note même si c'est un pavé de 900 pages. Il me semble posséder des atouts que j'apprécie en général.Merci pour cette recommandation