1984 [Georges Orwell]

Publié le par Shanaa

Le Times a classé il y a quelques années 1984 dans le top 100 des meilleurs écrits anglais depuis 1923. La ferme des animaux y figure d'ailleurs également. Ceci n'étant pas un hasard étant donné la qualité énorme de ces deux écrits.

 

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Quatrième de couverture :

 

" De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. Il y en avait un sur le mur d'en face. BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston...Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C'était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtes des gens. Mais les patrouilles n'avaient pas d'importance. Seule comptait la Police de la Pensée."

 

Mon avis :

 

Il n'est pas évident de faire une critique d'un livre qui a été maintes et maintes fois commenté. Mais allons y quand même.

 

1) Un bref résumé s'impose. On suit l'histoire de Winston, citoyen de l'Océania, dans un monde aseptisé et hiérarchisé. Dans un monde où la pensée unique est de rigueur. Un monde contrôlé par le parti intérieur, sorte d'oligarchie cruelle.

 

Winston Smith - le choix d'un nom aussi commun n'est pas un hasard, cela montre le fait que chaque individu n'a pas vocation à être individualisé ni humanisé - travaille au service des archives du Parti.

Son travail consiste en effet à modifier les déclarations et les faits du passé - l'histoire en fait - pour le rendre conforme avec la volonté du Parti. Un travail peu louable en fait.  Enfin on parle d'un monde dans lequel la délation des parents par leurs enfants passe pour la plus belle des actions.

 

Sauf que Winston n'est pas un citoyen comme les autres. Il a la sensation que quelque chose cloche. Que le passé est modifié au gré du présent. Et du fait cette conscience individuelle qui va naitre en lui, il commencera à se poser des questions sur le Parti et sur la société dans laquelle il vit.

 

Puis une rencontre avec l'amour le plongera dans les arcanes les plus cruelles du Parti.

 

Ce livre est d'ailleurs divisé en trois parties. La première étant évidemment la pose des bases par Orwell. La vie de Winston et une première approche brute de la société sont traitées. La seconde se rapprochant plus d'un essai, on voit bien qu'Orwell se sert ici de Winston afin de véhiculer une idée - cette partie m'a beaucoup plu d'ailleurs. La troisième étant insoutenable et cruelle, mélangeant le destin funeste de Winston à la dure réalité de ce régime totalitaire.

 

2) Orwell dénonce ici les mêmes points que dans la ferme des animaux. A savoir le manque d'éducation des masses comme condition nécessaire à leur asservissement, la manipulation de l'histoire,..

 

C'est - encore - ici une critique du régime totalitaire notamment le régime communiste Stalinien. On retrouve en ce sens le culte de la personnalité, la notion de prolétariat.. D'ailleurs, Orwell appelle à un moment le Parti intérieur 'les cochons', en référence à la Ferme des animaux où ce sont les cochons qui établissent un tel régime.

 

Je ne reviens pas sur ces aspects historiques qui ont été déjà commentés des millions de fois.

 

3) Oeuvre prophétique ou non?

 

Certains points sont assez similaires avec la société actuelle de 2010, je trouve.

 

a) Prenons d'abord la novlangue. La novlangue est une langue crée par le Parti intérieur, qui restreint considérablement le vocabulaire et qui a vocation à s'imposer partout, véhiculant ainsi une pensée claire et unique.

 

 Certains comparent cela à l'anglo-américain qui s'impose comme une langue officielle dans le monde, mais cela ne semble pas forcément pertinent car avoir une langue prépondérante est essentiel dans le cadre d'une société marchande et mondialisée. 

 

Par contre, on peut y voir l'importance qu'occupe la langue dans la société. Plus une langue est riche et plus l'on a de vocabulaire, plus il est facile de transcrire sa pensée de manière précise. La richesse d'une langue et sa complexité sont donc des facteurs positifs, à mon sens. Or, la place réservé au français dans notre pays est clairement insuffisante. Sans vouloir faire mon vieux, de nombreux jeunes actuels ne manient que très sommairemment le français, les insuffisances orthographiques sont dénoncées régulièrement et ceci est un réel problème car plus l'on maitrise la langue, plus l'on est à même à avoir une pensée affinée. Et donc de moins sombrer dans des manipulations médiatiques, comme c'est le cas dans 1984 et dans la société actuelle.

 

En somme, simplifier la langue peut contribuer à terme à simplifier la pensée et à la cloisonner. Ce qui est évidemment dommage. Même si Orwell ne dénonce pas l'usage actuel de la langue française, la comparaison est quand même intéréssante, à l'aune du langage sms et compagnie (langage que j'emploie d'ailleurs !)

 

b) Un autre aspect intéréssant est le télécran. Dans 1984, c'est une sorte de télé qui permet au Parti de contrôler les foyers de tout les citoyens et la majorité des lieux. Or, l'on assiste actuellement à une surveillance accrue de la société. Le nombre exponentiel de caméras de surveillance, le fichage informatique, internet, facebook, le contrôle de nos déplacements par la puce présente dans les cartes de métro ou trams, etc.. De nombreuses personnes et notamment la CNIL dénoncent ces dérives. Orwell ici a clairement anticipé cet aspect la de la société. Magistral.

 

4) Pour conclure, ce livre est un must have. C'est un livre que tout le monde devrait avoir lu. Il est accessible et c'est dans les livres comme cela que l'on voit que la littérature est vraiment puissante. Faire véhiculer une idée et un message aussi fort sous couvert d'une histoire aussi intéréssante et prenante, c'est juste un chef d'oeuvre évidemment. Lisez aussi la Ferme des animaux pendant que vous y êtes, ouvrage de même niveau pour ma part. 1984 est à mettre entre toutes les mains, réellement.

 

"Winston ne souvint que quelques prisonniers eurasiens, coupables de crimes de guerre, devaient être pendus dans le parc cet après-midi là. Cela se répétait chaque mois environ et c'était un spectacle populaire. Les enfants criaient pour s'y faire conduire"

 

"Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur"

 

"Tacitement, le Parti était même enclin à encourager la prostitution pour laisser une soupape aux instincts qui ne pouvaient être entièrement refoulés"  ( Une tirade similaire est présente dans La ferme des animaux).

 

" Il y avait un lien direct entre chasteté et orhtodoxie politique" (celle là est énorme!)

 

"Une société hiérarchisée n'est possible que sur la base de la pauvreté et de l'ignorance"

 

Ce livre a été lu dans le cadre d'une Lecture commune avec Cécile, Mlle_Pointillés et Liloochat  

 

 

Publié dans SF - Anticipation

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Commenter cet article

totorosreviews 20/09/2015 02:42

je comprends qu'il faille le lire car l'univers dépeint par l'auteur est vraiment bien travaillé mais en dehors de ça je n'ai pas été particulièrement emballée.. je trouve qu'il manque quelque chose

Luna 12/10/2011 21:54


Je que j'aime dans 1984 c'est qu'à chaque fois que je le lis, je sors de cette lecture totalement bouleversée : il est tellement crédible... j'ai l'impression qu'à chaque relecture, je découvre une
nouvelle facette à l'histoire.
Je trouve ce livre d'une force incroyable !

Après on aime ou on aime pas, mais je pense que la plupart des lecteurs (qui aiment ou non) seront d'accord pour dire que c'est un livre à lire :)


Mina 08/03/2011 13:21


Merciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! (^-^)


Sybille 03/12/2010 21:39


Mon copain voue un culte à ce livre, mais j'ai un peu de mal avec la science fiction donc je passe mon tour =)


JuNa 21/11/2010 16:10


Ce ne sera pas demain la veille, j'accroche pas et je n'ai pas le temps de lire en ce moment, donc je lis 5-6 pages à la fois, sur 384 pages au total ça fait pas beaucoup